Les différentes méthodes en éducation canine : principe, efficacité et impact sur le chien

29 mai 2023

 

Deux écoles s’opposent dans le milieu canin : l’éducation traditionnelle et l’éducation positive. Cependant avec l’émergence du métier d’éducateur canin, les pratiques se diversifient et il est parfois difficile de s’y retrouver. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir des mélanges entre différentes techniques. Ce qui impacte le processus d’apprentissage chez le chien, qui a besoin de cohérence. Par ailleurs, la façon dont vous travaillerez avec votre chien pour son éducation aura un impact sur votre relation et son bien-être. Il est donc important de bien se renseigner !

 

La méthode traditionnelle ou méthode coercitive

 

La coercition, c’est obtenir l’obéissance par la force et la contrainte. Cette méthode consiste notamment à punir les mauvais comportements du chien pour ne pas qu’il les reproduise. Elle est généralement en lien avec une vision archaïque du chien, qui se doit d’obéir au doigt et à l’œil à l’humain, « chef de meute », qui lui est supérieur. Autrement dit, elle entretient la théorie de la dominance pourtant réfutée depuis plusieurs décennies !

En plus des réprimandes verbales et physiques, on y retrouve généralement l’utilisation d’outils coercitifs tels que le collier étrangleur, à pics, électrique, ou encore à ultrasons. Souvent dissimulés sous le nom de matériel « éducatif », ces objets, peu importe leur utilisation, engendrent stress, douleur, voire blessures chez le chien [1,2]. Les dommages physiques et psychologiques sont souvent importants voire irréversibles.

Actuellement très controversée en France, l’utilisation de ces outils est d’ailleurs déjà interdite par la loi dans d’autres pays (comme l’Allemagne ou la Suisse) !

Malgré tout, il n’est pas rare d’entendre que ces méthodes sont efficaces, avec des résultats rapides. Certes l’effet peut être immédiat … mais pourquoi ? À quel prix pour le chien et la relation que vous entretenez avec lui ? Et surtout dans de telles conditions, peut-on vraiment considérer que le chien apprend des choses ? Son état émotionnel n’est pas pris en compte. On ne lui permet ni de s’exprimer, ni de prendre des initiatives.

Les études scientifiques sont nombreuses à démontrer que les méthodes coercitives en éducation canine [3,4,5,6,7,8] :

  • augmentent la peur, le stress, l’excitabilité, la distraction et l’agressivité du chien
  • ne permettent pas pour autant d’obtenir l’obéissance
  • semblent associées à l’apparition de problèmes comportementaux

Au quotidien, les conséquences de ces approches seront :

  • L’agression: le chien finit par devenir réactif à l’humain, il n’accepte plus la proximité ni le contact, se méfie et attaque pour se défendre.
  • La résignation acquise, encore appelée impuissance apprise : le chien subit, s’inhibe complètement et n’osera plus rien faire sans l’approbation de son « maître » ou sans que celui-ci ne lui dise quoi faire.

Dans les deux cas, le chien subit des traumatismes, et sera alors dans un état de détresse importante. Lors d’une étude, des chercheurs ont observé un chien réagissant comme s’il recevait encore des chocs électriques pendant l’entrainement, alors qu’il n’y avait plus été soumis depuis 1 an et demi [6].

D’autres problématiques pourront donc survenir avec le temps : déprime, stéréotypie (comportements anormaux, répétitifs et invariants, sans but ou fonction apparente), plaies de léchage, éliminations à la maison, comportements de décharge émotionnelle exacerbés etc. De plus, le relationnel est sévèrement impacté et va être basé sur la crainte.

Vous l’aurez compris, cette méthode pose un véritable souci d’éthique.

 

La méthode positive : vers une meilleure compréhension de l’espèce canine

 

Avec l’évolution des connaissances en éthologie canine, les consciences s’éveillent et les anciennes méthodes laissent place à la bienveillance et au bien-être du chien. En éducation canine, les études montrent qu’une approche positive est plus productive qu’une approche coercitive [3,4,5]. Elle permet une augmentation des performances à l’entrainement et donc un meilleur apprentissage. La qualité du relationnel entre l’humain et son chien est par ailleurs nettement améliorée.

Vous pourrez aussi retrouver les appellations « méthode naturelle », « méthode coopérative », ou encore le « clicker-training », qui correspondent à des techniques différentes d’éducation, tout en restant dans une approche positive pour le chien.

La méthode positive consistent à récompenser les bons comportements du chien afin de les renforcer, qu’ils soient spontanés ou sur demande. Pour cela, il existe deux grandes catégories de renforçateurs positifs :

 

Les friandises et les jouets

Dans la majorité des cas, vous pourrez rapidement obtenir ce que vous voudrez de votre chien avec une friandise à la clef ! Cela peut donc être un bon moyen de le faire travailler, mais il faut également penser que :

  • L’utilisation permanente de friandises amène souvent le chien à n’être motivé que par la nourriture, et dans l’attente constante de celle-ci. Qu’en est-il lorsque vous n’avez rien sur vous ? Un oubli ou une situation d’urgence peuvent toujours survenir et là… comment faire ?
  • Donner aléatoirement ou réduire la distribution de friandises peut entrainer de la frustration chez le chien, une baisse de la motivation à écouter ou au contraire un comportement d’excitation voire harcèlement pour obtenir ce qu’il attend.
  • Tous les chiens ne vont pas avoir le même niveau d’intérêt pour la nourriture, ou peuvent se lasser.

Ce raisonnement est similaire en ce qui concerne les jouets. De plus, les jeux de lancer ou de tirage ne sont pas si bénéfiques qu’on le pense pour le chien. Outre le risque de blessures physiques, ils peuvent entrainer une addiction et renforcer des comportements indésirables tels que l’excitation prononcée ou les comportements de prédation.

 

Les caresses et félicitations vocales

Moins contraignantes d’un point de vue technique, ces récompenses peuvent suffire à elles seules à obtenir l’attention du chien et sa coopération. Elles seront d’autant plus motivantes pour le chien si la relation entretenue avec son humain est bonne et que la confiance est présente. D’où l’importance de travailler le relationnel dès le début !

 

Enfin pour ce qui est des « punitions » en méthode positive, elles seront tournées vers le retrait de quelque chose d’agréable pour le chien (par exemple l’arrêt d’une interaction). La méthode positive est parfois associée à une éducation dite « permissive », où le chien ne serait jamais contrarié. Ce n’est évidemment pas le cas ! Le concept d’éducation implique aussi de fournir un cadre au chien, de lui donner des limites et d’instaurer certaines règles, qui seront propres à chacun.

 

Education ou Dressage ?

 

Bien souvent lorsqu’on parle d’éducation canine, on fait référence aux commandes apprises au chien. Autrement dit « assis », « coucher », « debout », « pas bouger », « va chercher », « fais le beau » etc. nous donnant l’illusion de « maîtriser » notre chien. C’est ancré dans la société : si le chien ne sait pas faire ça, alors il est « mal éduqué ». En réalité, il ne s’agit pas d’éducation mais de dressage. Le chien est conditionné à répondre à un ordre, soit pour éviter une punition, soit pour obtenir une récompense. Mais cela fait-il vraiment sens pour le chien ? N’est-il pas plus judicieux par exemple de se focaliser sur le suivi et le rappel en promenade, plutôt que sur un « assis, tu attends » avant de pouvoir manger ?

Mon but n’est pas ici de diaboliser les apprentissages de ce type, mais surtout d’amener à la réflexion sur ce qu’implique réellement l’éducation pour le chien (sujet que vous pouvez d’ailleurs retrouver ici pour plus de détails). Il ne faut pas oublier que les bases de l’éducation reposent sur les apprentissages permettant au chien :

  • De s’adapter à notre société humaine et à nos règles de vie
  • D’évoluer sereinement dans son environnement physique et social

Par ailleurs, l’éducation devrait toujours se faire dans le respect du chien. Avant tout, il est primordial de le comprendre et de tenir compte des émotions derrière ses comportements.

Enfin, gardez bien en tête qu’il n’existe aucune méthode miracle ! Tout comme nous sommes tous différents, nos chiens le sont aussi. Ils ne vont pas être réceptifs ni coopératifs au même niveau. Ils possèdent chacun leurs limites et leur personnalité. Leur seuil de tolérance et leurs capacités d’apprentissage ne sont pas identiques. C’est également à nous de nous adapter à eux pour leur proposer une approche qui leur correspond !

En tant qu’éducatrice canin certifiée, je suis là pour vous aider à y voir plus clair et vous accompagner dans l’éducation de votre chien. Pour toute question ou prise de RDV, n’hésitez pas à me contacter.

 

Références

[1] https://beli.ca/limpact-des-methodes-coercitives/

[2] Kubica Z. (2018). Regroupement québécois des intervenants en éducation canine

[3] Arhant C., et al. (2010). Behaviour of smaller and larger dogs: effects of training methods, inconsistency of owner behaviour and level of engagement in activities with the dog. Applied animal behaviour science, 123: 131-142

[4] Rooney N.J., Cowan S. (2011). Training methods and owner-dog interactions: links with dog behaviour and learning ability. Applied animal behaviour science, 132: 169-177

[5] Hiby E.F., Rooney N.J., Bradshaw J.W.S. (2004). Dog training methods: their use, effectiveness and interaction with behaviour and welfare. Animal welfare, 13: 63-69

[6] Schilder M.B.H., Van der Borg J.A.M. (2004). Training dogs with help of the shock collar: short and long term behavioural effects. Applied animal behaviour science, 85: 319-334

[7] Schalke E., et al., (2007). Clinical signs caused by the use of electric training collars on dogs in everyday life situations. Applied animal behaviour science, 105: 369-380

[8] Cooper J. J., et al., (2014). The welfare consequences and efficacy of training pet dogs with remote electronic training collars in comparison to reward based training. PloS one, 9(9): e102722